Un instrument est une rencontre I Clémence Robert


Vers mes 7 ans, alors que j'étudiais au conservatoire, on m'a demandé de choisir un instrument. Je n'avais aucune idée. Mon père n'écoutait que de la musique classique, et un jour, dans la voiture, à la radio, il y avait du luth. J'ai dit : « Oh ! C'est ça que je veux jouer ! » Mes parents ont ri et m'ont inscrite en guitare classique.


Certains choisissent un instrument parce qu'ils veulent jouer d'un certain style, d'autres sont attirés par le son, d'autres par la forme de l'instrument, d'autres encore ont été marqués par un musicien... et toutes ces raisons se valent. Car un instrument est une rencontre, qui est aussi légitime si elle arrive par hasard ou si elle est réfléchie.


Puis, l'instrument qu'on a choisi nous façonne. N'avez-vous jamais remarqué que certains violonistes ont des tempéraments similaires, que certains bassistes ont une façon de parler proche, ou que les violoncellistes ont une façon différente de s'asseoir sur les chaises ?


Paco de Lucia, immense guitariste flamenco et virtuose prodige, disait qu'il était un frustré, qu'il aurait voulu être chanteur. C'est un lieu commun des guitaristes flamencos, qui gagnent leur pain à accompagner chanteurs et danseurs, qui sont le socle du spectacle mais rarement l'étoile : à défaut de chanter, ils accompagnent. Je n'y crois pas une seconde. Je crois plutôt que la guitare est un instrument solitaire, qui demande une bonne dose d'introversion pour passer seul ces longues heures de pratique. C'est surtout un moyen d'expression moins direct que le chant, car médiatisé par l'instrument qui se tient entre notre corps et le son. C'est un rempart. Tout cela n'attire que certains tempéraments.


Choisit-on un instrument parce qu'on y correspond, ou est-ce l'instrument qui nous accompagne et nous façonne ainsi ?

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