Trajets et espaces de transition I Oriana Ng


Métro, boulot, dodo » est une expression de la langue française inventée par l’écrivain Pierre Béarn et reprise comme slogan lors des manifestations de Mai 1968. Elle décrit le quotidien monotone des Français consacré à travailler et à se rendre au travail. Alors que le confinement pousse nos sociétés vers le télétravail, y aurait-il quelques bienfaits à regretter de la mobilité pendulaire ?


Selon la recherche du Docteur Jachimowicz à Columbia Business School, ces trajets permettent de mieux s’organiser et d’opérer une transition entre deux modes d’être opposés : le moi au travail et le moi à la maison. Comme la philosophie bergsonienne, cette analyse nous invite à penser le trajet davantage comme transformation subie par le sujet, que comme points de départ et d’arrivée.


Cependant, c’est justement le fait d’avoir une destination qui permet une transformation aussi inédite. Même au repos ou dans le loisir, on a toujours besoin d’une intention (ou direction) dictant nos actions. Or, le sujet voyageur, ayant pour direction sa destination, peut, pour une fois, s’autoriser à exister sans but, le temps d’un trajet. Les pensées vagabondent, on communique sourires et regards... Les espaces de transition (métro, trains, rues) sont des espaces de partage que chacun est libre d’investir à sa manière, où tout peut surgir. Ce sont paradoxalement les espaces les moins directionnels de tous.


Dans l’histoire récente, ces espaces sont devenus plus restrictifs : les panneaux fléchés uniformisent les parcours et les publicités détournent les pensées vagabondes. Si la musique des écouteurs permet d’opérer une transition plus douce et les smartphones offrent des moments de détente, ils nous font appréhender ces espaces comme tous les autres : avec une direction prédéfinie, sans surprise possible. N’est-ce pas là la plus grande monotonie ?


Et vous, est-ce que vos trajets quotidiens vous manquent ?

Featured Posts
Recent Posts