Public, privé : une guerre de territoires ? I Oriana Ng


Un peu d’histoire : Habermas considère que l’émergence de l’espace public commence au XVIIème siècle avec la création du salon dans les maisons bourgeoises. Jusqu’alors, on recevait les invités dans la chambre à coucher (n’oublions pas que la cour assistait au lever et au coucher du Roi Soleil !) Lorsque le salon apparaît, il devient le lieu voué à accueillir la sphère publique au sein du privé. Cela permet à la chambre de devenir un lieu intime, propre à l’individu.


Depuis, l’espace privé n’a cessé de gagner du terrain, opérant une conquête de l’espace public. Un exemple est le graffiti : s’il y a aujourd’hui une culture acceptée du street art, c’est à l’origine une intrusion du privé dans le public par un individu voulant laisser sa marque. L’écrivain Flaubert déplorait d’ailleurs une «quantité de noms d'imbéciles écrits partout » sur les murs du château de Chillon.


En 1987, la société française créé les « espaces de rencontre » : un parent n’ayant pas la garde de son enfant peut lui rendre visite dans un lieu neutre, censé favoriser la communication et la sécurité. C’est donc un espace public utilisé à des fins privées, défini par une seule fonction : la rencontre, qui y est programmée. L’espace public est donc de moins en moins neutre, et de moins en moins… public.


Finalement, on assiste en 2020 à un retournement de situation. Le confinement nous pousse au télétravail avec les vidéo-conférences et les cours en ligne. C’est donc maintenant la sphère publique qui fait irruption dans l’intimité du privé. Pour les plus chanceux ayant une pièce « bureau », la séparation des deux mondes reste possible. Les autres doivent recevoir dans leur chambre… comme un retour au XVIIè siècle.


Et vous, pensez-vous qu’il faut séparer sphère public et sphère privée ?

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