Pleurer en public | Oriana Ng


Les larmes en public ne sont tolérées que lors de rares exceptions : événements de grandes joie ou de grandes peines : naissances, mariages, enterrements. Même dans ces moments, le sujet, pudique, est souvent mal à l’aise d’afficher ses larmes. Signe de faiblesse, manque de contrôle de soi, gaminerie – pleurer en public reste tabou.

Paradoxe : la société nous encourage à éprouver de l’empathie pour les autres en public, mais pas envers nous-mêmes. En 2016, plusieurs articles pressentent que la larme du Président Obama lors de son discours sur la fusillade de Sandy Hook mettra fin au tabou. Il n’en reste que c’est une larme d’empathie discrète, « rare et classe » selon France Inter. Une fois de plus, on peut pleurer sur le sort d’un autre, pas sur le sien.

Culturellement, on oppose toujours émotion et raison. L’émotion est synonyme de perturbation (« trouble » dans la langue française) et fait obstacle à la prise de décision rationnelle. Cependant, si émotion et raison ne font pas bon ménage, l’une n’est jamais loin de l’autre. Ainsi, le XVIIIème siècle est à la fois « siècle de la Raison » et celui du « Roman sentimental ». En public, on débat dans les salons. En privé, on pleure sur « Julie ou la Nouvelle Héloïse » de Rousseau.

C’est donc à travers la catharsis seulement qu’on est autorisé, depuis l’histoire antique, à laver le linge sale de nos émotions. Le théâtre et le cinéma sont deux lieux publics singuliers où comédiens et spectateurs sont invités à communiquer leurs émotions dans un cadre d’intimité partagée. Des circonstances fictives et des personnages à travers lesquels on vit par procuration : des conditions qui nous libèrent de nos propres émotions… et qui nous en protègent.

Et d’après-vous, est-ce une faiblesse de pleurer en public?

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