Petite théorie de la personne-trésor I Clémence Robert


Les vacances au soleil, ça me manque » - I miss holidays in the sun.

Il me faut des vacances » - I need holidays.


En anglais je est le sujet des deux verbes, à la tête. En français, je n'est pas le sujet mais l'objet indirect. Les sujet sont « les vacances » et cet impersonnel très flou, « il ». Comment le comprendre ?


Je visualise la personne comme un coffre à trésor, où parfois il y a un trou. Il y a un trou en moi qui a exactement la forme d'une piscine, de la sensation du soleil sur ma peau, et d'un apérol spritz. Ce n'est pas moi qui « miss » quelque chose, c'est cette chose qui fait défaut à ma personne-trésor.


J'ai trente ans » - I am thirty.

J'ai faim » - I am hungry.


L'anglais utilise « être », le français, « avoir ».


Cela me donne l'impression que l'anglais aime décrire le monde du point de vue individuel, et le français le perçoit parfois comme des processus extérieurs qui agissent sur l'individu. L'âge, la faim, le besoin, l'envie, sont des éléments nous traversent. Dans les langues latines, je ne suis pas trente ans, ce n'est pas une déclinaison de ma carte d'identité : femme, française, petite, astronaute... mais je possède trente années : comme des pierres qui alourdissent mon sac, ou bien comme des trésors inestimables dans mon coffre ?


J'espère que cette petite leçon de grammaire peut nous aider à nous libérer de cette essentialisation de l'âge qui nous limite. Cela veut dire que le jour où vous vous effrayez de voir tant de bougies sur le gâteau, soyez heureux d'en avoir autant. Toujours se rappeler que vieillir est un privilège, et l'âge est une richesse.

Featured Posts
Recent Posts
Archive
Search By Tags
Follow Us
  • Facebook Basic Square
  • Twitter Basic Square