Du confort de l'inconfort | Clémence Robert


Du mauvais café servi dans un petit verre avec arrière-goût d'eau de mer, à six heures du matin, sur le pont d'un voilier, le vent dans les cheveux, les cheveux dans les yeux, les yeux qui collent encore, l'aube naissante à l'horizon, sera toujours le meilleur café qu'on ne boira jamais.

La voile de croisière, c'est du camping sur l'eau. Bien sûr, il existe le « glamping » avec des radiateurs sous la hutte et un service petit déjeuner au lit, mais pour ma part, ça a toujours été l'équivalent de la tente Quechua deux places – même pas celle qui se déplie dans l'air, celle qu'on monte – plantée à l'aventure à flanc de montagne. Au début, on est petit peu mal à l'aise. Comment, faire à manger en route, pour six, dans cinquante centimètres carrés de cuisine, qui tanguent, avec des allumettes humides et en pompant l'eau douce avec le pied ?

Puis ce minimalisme forcé propre au voyage nous rentre dans la peau et nous lave de nos soucis superflus. Affamés en fin de journée, on réussit à faire des pâtes pour tous, on se remplit le ventre, on est reconnaissant et n'en demande pas plus. On se glisse dans notre sac de couchage, bercé par le roulis de l'itinérance, et rien au monde ne nous fait défaut.

Le lendemain matin, le plaisir de retrouver une paire de chaussettes propres et sèches à enfiler est bien supérieur à celui de se glisser dans les draps de soie du meilleur hôtel de Paris. En effet, c'est l'inconfort qui crée le confort, comme l'obscurité la lumière : si on n'en ressent jamais le manque, comment peut-on en apprécier la présence ?

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