À chacun ses madeleines I Clémence Robert


Proust nous a donné son secret : la potion magique du souvenir serait une madeleine trempée dans du thé. Soudain, on est transporté : on ne se rappelle pas le passé, mais on en revit une émotion. Pour moi, il y a eu les « chavroux », ces fromages de chèvre industriels en forme de pyramide que j'engouffrais à la chaîne en revenant d'expéditions enfantines. Il y a les petits russes, pâtisseries pralinées qu'on trouvait dans le sud chez ma grand-mère. Il y a le parfum au gingembre que portait maman quand j'étais enfant.

Pourquoi, parmi tous les sens, ceux du goût et de l'odorat nous ramènent si intensément dans le passé ?

Les couleurs et les sons sont moins uniques que les odeurs et les goûts. L'odeur de la maison normande de mon enfance est un mélange de l'odeur du bois de ses poutres, de la cheminée, du produit à lessive... Ce mélange ne se retrouve pas ailleurs – le vert de sa pelouse, si.

Aussi, on peut facilement se remémorer la mélodie d'une chanson, mais on ne peut se rappeler que du fait que ce fromage était très frais, assez salé. On ne peut le retrouver réellement avant d'y regoûter.

La nourriture nous renvoie à différentes couches de notre existence et à leur valeur émotionnelle. Le tahini avec pitta me ramène à mon année d'échange à Jérusalem. En réalité, si j'ai acheté de la pâte de sésame ce matin – non pas la bio mais l'industrielle, car c'est celle-là qui fait l'effet – ce n'est pas pour sa valeur nutritive, ni même que j'aime ça. C'est pour, depuis cet éternel confinement dans un appartement londonien, revivre un instant une époque plus chaleureuse, plus féconde, plus libre.

Et vous, quelles sont vos madeleines ?

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